Programme AFLS 2005

 

La conférence aura lieu à la Présidence de l’Université de Savoie, 27 rue Marcoz, à Chambéry du vendredi 2 au 4 septembre.

 

Pour vous renseigner sur les transports, le logement et avoir accès au formulaire d’inscription, cliquez ici.

 

Le vendredi 2 septembre au matin aura lieu l’atelier des doctorants auquel vous êtes cordialement invités. Cliquez ici pour le programme. Un déjeuner suivra sur place.

 

Les abstracts se trouvent par ordre de passge en bas de cette page. Cliquez sur le nom de chaque intervenant pour aller au titre et au résumé de sa communication.

 

Pour voir le programme séance par séance, cliquez ici.

 

Vendredi 2 septembre

14.00 - 14.30 : Accueil et inscription des participants

14.30 : Discours de bienvenue

 

 

Traduction

Didactique / ling de corpus

Didactique

15.00 - 15.30

cosma

--------------------------------

THEOPHANOUS

15.30  - 16.00

skupien

BERIER

DEBRENNE

16.00  - 16.30

perrot

TABACHNIK

BRAHIM

16.30 - 17.00 / PAUSE

17.00-17.30

Céline Guillot

BEECHING

OSBORNE / DERIVE / RUTIGLIANO

17.30-18.00

Nissile

planchenault

Parpette

18.00  - 19.00 PLENIERE / Nelly ANDRIEUX REIX

 

20.30 Souper en ville

 

Samedi 3 septembre

 

 

Traduction

Didactique / ling de corpus

Variation

9.00 - 9.30

LEQUY

DUFOUR

DELUMEAU

9.30  - 10.00

LABEAU

DEBAISIEUX

Dostie

10.00 - 10.30

GABILAN

FRACCHIOLLA

Beaulieu/CIChOckI

10.30 - 11.00

VAXELAIRE

MYLES

Blondeau

11.00 - 11.30 PAUSE

11.30 - 12.00

merten

CHAMBERS / WYNNE

Dubois / Salmon

12.00 - 13.00

 

13.00 Déjeuner sur place

 

 

Traduction

Didactique / ling de corpus

Variation

14.30 - 15.00

PORQUIER

HILTON

Grinshpun

15.00 - 15.30

DEMA

GUEDJ

GERBE

15.30  - 16.00

Marie-Noëlle GUILLOT

PAYRE FICOUT

Trotter

16.00 - 16.30

BAINES

VIOLIN-WIGENT 

LEMEE

16.30 17.00 PAUSE

17.00 - 17.30

Landvogt/SARTINGEN

KRAZEM

FEVRE-PERNET

17.30 - 18.30 PLENIERE / Claire BLANCHE - BENVENISTE

18.30 - 19.30 ASSEMBLEE GENERALE DE L’AFLS

 

20.30 / Départ en car pour le Lac d’Aiguebelette ; souper du colloque au restaurant « Le Beau Rivage » (retour prévu vers 23h)


 

Dimanche 4 septembre

 

 

Ling de corpus / Analyse de discours

Didactique

Variation

9.00 - 9.30

----------------------------------

OUATTARA

RITTAUD-HUTINET

9.30 - 10.00

HENAULT-SAKHNO

CALAQUE

CROWE

10.00 - 10.30

VENIARD

TSIRLIN

LIU

10.30 - 11.00

vetters

VIGIER

RENTEL

11.00 - 11.30 PAUSE

11.30 - 12.00

-----------------------------------

IGBENEGHU

Gouvard

12.00 - 13.00 PLENIERE / Declan Mc Cavana

 

13.00 Déjeuner en ville

15.00 Visite de Chambéry

 

 

ABSTRACTS / Résumés

 

Résumés séance 1 : « traduction en diachronie et synchronie »

(vendredi 2 et samedi 3)

Olivier Cosma, Université de Savoie : « L’apprentissage et la traduction du latin médiéval. »

Avant de pouvoir parler du latin médiéval, il faut tenter de définir rigoureusement ce dernier, ce qui ne va pas forcément de soi.

Une approche préliminaire consiste à suivre servilement les historiens, et à tenir pour éligible tout texte écrit entre 395 et 1453 (ou 1492). Par bonheur, le choix de l’une ou l’autre date de fin est sans grande conséquence : nul ne saurait prétendre que pratique de la langue ait sensiblement évolué entre le milieu et la fin du XVème siècle.

Il n’en reste pas moins que, dans tous les cas, la période retenue dure plus d’un millénaire. Bien plus, la diachronie ne rend pas compte à elle seule de toute la complexité de la question. Il faut faire avec les disparités de civilisation : ainsi, la réalité sociologique de l’Irlande ne ressemble que rarement à celle de la  Sicile, bien que le latin ait l’ambition de régir la vie juridique de l’une et l’autre contrée ; avec les différences de talent, et plus encore d’instruction, des milliers d’écrivains, illustres ou obscurs, qui eurent à manier, bon gré mal gré, la langue héritée des Romains ; avec le clair-obscur de périodes d’ignorance (le Haut Moyen-Âge et son latin épouvantable, même sous la plume de certains papes) et de hauts moments culturels et didactiques (la Renaissance carolingienne).

C’est précisément cette dernière qui, heureusement, ouvre la voie à une simplification décisive du problème : elle s’oppose de manière tellement bien venue au sabir macaronique qui la précède chronologiquement, qu’elle ôte totalement à ce dernier toute prétention à représenter un état de langue susceptible d’être appris. Mieux, sa qualité lui assurera une stabilité qui subsistera sans peine jusqu’à la fin du XVème siècle, et  - quoique cela ne soit pas dans notre propos d’aujourd’hui -   même au-delà.

Pour faire rapidement un sort aux autres écueils évoqués, il nous reste à constater que ce canon linguistique est suffisamment net pour disqualifier les écrivassiers faiseurs de solécismes ;   et pour cantonner les disparités régionales à un vocabulaire minoritaire,  d’inspiration souvent saxonne au Nord de l’Europe, grecque au Sud, et dans tous les cas aisément reconnaissable en lien avec ces idiomes et/ou répertorié dans les dictionnaires spécialisés.

Cette koïné fait ainsi l’objet d’un large consensus dans les ouvrages pédagogiques qui ont pour ambition d’enseigner le « latin médiéval ».

  Ceux-ci nous font voir, concrètement, que la grammaire du latin remis à l’honneur par Alcuin est à 99% celle de Cicéron ; partant, l’apprentissage à faire pour interpréter la quasi-totalité des canons conciliaires, des commentaires de l’Ecriture Sainte ou encore des missives papales est minime pour celui qui lit déjà les Catilinaires dans le texte.

   La tâche restant à accomplir peut être illustrée, et par là même facilitée, par l’étude d’un exemple concret. Les différences entre latin classique et latin médiéval, déjà signalées comme étant peu nombreuses, sont de surcroît assez répétitives pour qu’un ensemble de remarques portant sur un passage relativement restreint ait chance d’éclairer la majorité des embûches auxquelles demeure exposé l’apprenti latiniste médiéviste.

Dans un récent article publié dans les actes d’un colloque organisé à l’Université de Savoie[1] , nous avons étudié en détail une lettre du pape Sixte IV, envoyée à l’archevêque de Séville le 1er Juillet 1477. Nous avons en particulier mis en évidence l’existence de tics de langage, largement récurrents dans la latinité médiévale : l’emploi de huiusmodi dans un simple sens de démonstratifs ; un large recours, stylistiquement lourd, à un nombre restreint d’épithètes signifiant « susdit »   (dictus, praedictus, praemissus, idem ici, praefatus ou memoratus ailleurs) ; l’emploi de vel dans le sens quasi exclusif de « autrement dit » ;  des usages orthographiques fautifs eu égard aux habitudes du latin classique, mais aisément rectifiables.

Quant aux constructions grammaticales propres au latin médiéval et présentes dans ce texte, elles sont aisément interprétables avec le seul recours à l’inventaire – également présent dans notre article – des écarts que présente la grammaire médiévale par rapport à la grammaire classique.

Le texte présente également quelques tournures techniques, qui trouvent leur solution dans le cadre de la grille lexicale définie au même endroit : usage du dictionnaire de Niermeyer pour la terminologie technique, de celui de Blaise pour la chrétienne, celui de Du Cange gardant encore sa valeur d’ouvrage généraliste. La récente révision du Gaffiot, due à P. Flobert (2000) est aussi à signaler pour son ouverture toute nouvelle à un vocabulaire tardif : dans la pratique, elle nous évite souvent le recours aux lexiques spécialisés.

Il apparaît donc que, lorsqu’on aborde un texte médiéval, la connaissance du latin classique demeure un puissant adjuvant : quasi nécessaire dans la pratique (on imagine difficilement un étudiant du supérieur, novice dans la langue de Rome, qui disposerait d’assez de temps pour apprendre ex nihilo le latin médiéval sans sacrifier des tâches plus immédiates), suffisant dans l’immense majorité des cas, à condition de s’aider de l’inventaire et des outils évoqués ci-dessus.

Lorsqu’on est en présence d’une écriture incorrecte, la seule pratique enseignante est d’un grand secours : une curieuse affinité dans l’erreur réunit les écrivassiers de jadis et les étudiants d’aujourd’hui.

Dans les rares cas où des obstacles demeurent, on est dans le plus passionnant des territoires : aux frontières de la science.    

 

Carine SKUPIEN DEKENS, Université de Neuchâtel : « Rééditer un texte condamné. Le Nouveau Testament traduit par Sébastien Castellion, réédité en 1572. Ce que la comparaison de deux éditions d’un texte critiqué pour ses audaces nous apprend sur la langue. »

La traduction française de la Bible par Sébastien Castellion, parue à Bâle en 1555, a fait grand bruit à sa parution. Les choix linguistiques qui y ont été faits par le traducteur sont prétextes à une condamnation globale de toute l’œuvre. Alors que Castellion avait cherché à traduire pour que l’Ecriture Sainte soit comprise de tous, on a voulu y voir une œuvre de désacralisation, voire de profanation de l’Ecriture Sainte. C’est pourquoi, cette traduction ne connut aucune réédition totale. Par contre, un imprimeur courageux, Pierre Perna, a réédité en 1572 un Nouveau Testament bilingue et anonyme, qui présentait en parallèle les deux traductions de Castellion : celle, en latin, de 1551 celle, en français, de 1555. Le texte français a subi quelques changements qui seront analysés dans cette communication. L’évolution de la langue apparaît en filigrane dans cette réécriture, ainsi que la peur devant les audaces linguistiques et les innovations en matière de traduction biblique. Ainsi, la notation des versets bibliques introduite entre deux éditions influencera la syntaxe et la ponctuation ; l’orthographe moderniste de Castellion sera révisée pour entrer dans le moule rétrograde de la graphie de la dernière partie du XVIe siècle ; les inventions lexicales si étonnantes et amusantes ne survivront pas à l’approche du classicisme, ni à la vague d’indignation qu’elles avaient engendrée en 1555. On note même des inversions dans l’ordre des compléments, témoins de la construction de l’ordre classique en cours.

A contrario, la réédition de 1572 souligne la valeur de la première et unique édition de la Bible de Sébastien Castellion, la cohérence d’une doctrine linguistique qui, si elle n’est pas explicitement déclarée dans la Préface de l’œuvre, se laisse deviner dans le texte, et peut être appréhendée par un travail d’analyse de corpus.

 

Jean-Pierre PERROT, Université de Savoie – L.L.S. équipe Littératures : « Traduire la prose médiévale : éléments d’une problématique. »

Nous nous proposons d’aborder le cas assez caractéristique où l’on est amené à traduire en français moderne un texte médiéval lui-même traduit du latin. Nous prendrons pour ce faire l’exemple des légendes hagiographiques en prose française traduites dans la seconde moitié du XIIIème siècle à partir de légendiers latins per circulum anni.

Le problème se pose dès l’édition du texte médiéval, en particulier dans le choix du manuscrit de base, le traitement de la « variance » et l’introduction d’une ponctuation moderne, autant de décisions qui constituent déjà en tant que tels des actes de « traduction ».

Supposant résolus les problèmes posés par cette première étape, si nous appliquons au texte ainsi établi les règles habituelles telles qu’elles ressortissent de la pratique de la traduction de textes pour des éditions bilingues de bonne tenue destinées au grand public, la nécessité d’offrir au lecteur un texte qui tout en étant relativement fidèle au texte-source réponde aux standards actuels conduit paradoxalement à un texte qui se rapproche davantage du texte latin original que de sa version médiévale. En effet, les principes de traduction mis en oeuvre tels qu’on peut les dégager d’une pratique relevant d’un consensus implicite a pour résultat d’affaiblir, voire d’occulter nombre de spécificités linguistiques qui font qu’un texte médiéval est porteur d’une représentation particulière du monde et de l’être au monde, donne à lire/entendre une « voix » singulière que l’on n’entend plus guère dans des traductions qui visent surtout le « bon ton » supposé acceptable par le lecteur « moyen ».

Il semblerait que le problème vienne du fait que le texte est traité en simple énoncé, alors qu’il est aussi énonciation, en simple système de signes, alors qu’il est aussi système de valeurs, et que l’on oublie que les mots ne disent pas, mais font. La traduction, qui utilise des techniques de passage d’une langue ou d’un état de langue à un autre, est conçue comme un exercice de stylistique propre à rendre compte du sens – intention ou signification, alors qu’il s’agit aussi de rendre compte de son mode de signifier, d’une « poétique ».

Mais au-delà de la théorie, reste la pratique, qui s’avère redoutable, tant une telle problématique concerne toutes les composantes du texte médiéval : vocabulaire, syntaxe, rythme, indices d’oralité, etc. Quelques exemples permettront de justifier nos interrogations, de tenter quelques éléments de réponse, et surtout de mesurer la complexité et la difficulté de l’exercice.

 

Céline GUILLOT, Le rôle désambiguïsant du déterminant « ledit » en moyen français à l’épreuve d’un corpus de traduction

Notre présentation porte sur une traduction française d'un texte latin écrit par Boccace vers 1364, le De casibus virorum illustrium. Ce texte a fait l’objet de deux traductions successives en français par Laurent de Premierfait au tout début du XVème siècle (1400 pour la première et 1409 pour la seconde). C’est la première de ces traductions, qui suit de beaucoup plus près l’original latin, que nous avons choisie comme corpus de travail.

Le point que nous aborderons dans cette étude est le suivant : dans la version latine du texte, qui cherche à renouer avec le latin classique, on observe une abondance de constructions détachées (participes, adjectifs…), qui renvoient à un référent clairement identifié en latin grâce au système casuel. A notre sens, cette multiplicité d'éléments détachés a posé problème au traducteur, qui a été souvent conduit à modifier la syntaxe de la phrase et parfois aussi à dénommer de manière explicite le référent sujet de l’expression détachée. Le passage suivant nous servira d’exemple :

latin

Quem Iuba Lybie rex mestissimus sequebatur et barbara ac fastidiosa superbia sua posita, qua Scipioni purpuram sibi consimilem indui vetuerat, tristis, quod pompeianas partes iuverit, seipsum damnabat, nunc frustra perpendens se primo ob id a Cesare fractum et...

 

français

Lequel Tholomee suivoit Juba, roy de Libie, tres mery et mis jus son estrange et envieulx orgueil par lequel il deffendi avoir Cipion vestu de pourpre pareille a lui, et il courrouchié condempnoit soy mesmes pour ce qu’il eust aidié les parties de Pompee, et ledit Juba maintenant considerant en vain pour celle chose soy estre affoibli par Cesar et...

 

On constate dans cet exemple que le traducteur choisit de désigner l’entité référentielle à laquelle renvoie le participe « considerant » au moyen du nom propre déterminé par le déterminant anaphorique « ledit », dont on sait qu’il est de plus en plus fréquemment employé dans la prose de cette époque (De Wolf 2003). L’on a parfois avancé (Perret 2000, Mortelmans à par.) que ce déterminant pourrait servir à désigner une entité référentielle peu saillante ou mise en compétition avec d’autres référents mentionnés récemment. « Ledit » serait un marqueur de faible accessibilité (Ariel 1988 et 1990, Givón 1983) et serait utilisé surtout en cas d’ambiguïté référentielle. C’est cette hypothèse que nous souhaiterions tester à partir de l’étude de la mise en français d’un texte latin. On espère montrer ainsi dans quelle mesure les solutions adoptées par un auteur, confronté à un problème de traduction, peuvent nous renseigner sur certaines des conditions d'emploi de « ledit » à cette période de l'histoire du français.

Références

Ariel, M. (1988). « Referring and accessibility », in : Journal of Linguistics, 24, p. 65‑87.

Ariel, M. (1990). Accessing Noun‑Phrase Antecedents, London, Routledge.

Combettes, B. (1998). Les constructions détachées en français, Paris, OPHRYS.

De Wolf, A. (2003). « Un nouveau déterminant : le déterminant anaphorique –dit en français médiéval », in : Verbum, XXV-3, p. 335-351.

Givón, T. (éd.) (1983). Topic Continuity in Discourse. A Quantitative Cross‑Language Study, Amsterdam, John Benjamins Publishing Company.

Mortelmans à par. « Ledit VS le démonstratif en moyen français : quels contextes d’emploi ? »

Perret, M. (2000). « Quelques remarques sur l'anaphore nominale aux XIVe et XVe siècles », in : L'Information grammaticale, 87, p. 17‑23.

 

Christel Nissille, Centre de dialectologie, Université de Neuchâtel : « Traduire pour apprendre ?

L’enseignement du français en Angleterre au XVe siècle par le biais de la traduction »

Traduire pour apprendre ? L’enseignement du français en Angleterre au XVe siècle par le biais de la traduction

Les récentes études portant sur les manuels de langue pour l’enseignement du français en Angleterre au Moyen-Age ont permis de mettre en lumière l’utilisation d’exercices pratiques de traduction comme moyen didactique. Un de ces exercices, l'Oxford Magdalen 188, est un manuscrit inédit du début du XVe siècle contenant, outre une version de l’Orthographia Gallica, un extrait de La Somme le Roi1 traduit en latin et en moyen anglais. Ces traductions sont très littérales et apparaissent en regard du texte français, un peu à la manière de gloses, permettant ainsi aux langues cible de mettre en relief, parfois au mépris de leur propre syntaxe, les phénomènes grammaticaux les plus caractéristiques de la langue source et d’en illustrer le fonctionnement. Ce manuel semble suivre la méthode de l’enseignement contrastif.

Dans le cas de notre manuscrit, le latin et l’anglais jouent donc le rôle de tests de manière différente mais complémentaire. Ceci permet à la fois à l’apprenant de relier l’enseignement à un acquis théorique par le biais du latin et de faire appel à des connaissances intuitives par le biais de la langue maternelle, l’anglais.

De même, la complémentarité des deux langues opère dans l’illustration proprement dite puisque non seulement elles sont apparentées à la langue source en amont ou en aval, mais sont surtout en contact constant avec le français dans une Angleterre triglossique.

Ainsi, pour les phénomènes faisant écho à des structures présentes et fréquentes dans les langues cibles, les traductions sont bien souvent simplement littérales. De ce fait, c’est surtout pour l’illustration de phénomènes particuliers à la langue source que le traducteur va utiliser différents équivalents propres à la structure des langues cible (on peut citer à ce propos l’exemple du pronom impersonnel, cf. Kristol 2001). Mais lorsque l’une ou l’autre des langues test ne possèdent pas d’équivalent, le traducteur n’a d’autre choix que de forger de nouvelles formes dans la langue cible pour tenter d’expliciter les particularités de la langue source.

Ainsi, entre correspondances et divergences morphosyntaxiques et lexicales des langues cible avec la langue source, il est possible d’observer par quel biais la traduction peut jouer le rôle de révélateur de la « grammaire » d’une langue pour laquelle elle n’a pas encore été explicitée.

Bibliographie :

BRAYER, E. 1940, Edition du ms Mazarine 870, Thèse de l’Ecole Nationale des Chartes, Paris

BURIDANT, C. 1983, «Translatio medievalis. Théorie et pratique de la traduction médiévale», Tralili XXI, 81-136

BURIDANT, C. 2003, «Le rôle des traductions médiévales dans l’évolution de la langue française et la constitution de sa grammaire», in: C. LUCKEN/M. SÉGUY, Grammaires du vulgaire. Normes et variations de la langue française, Saint-Denis (PUV), 88-125

KRISTOL, A. 1998, «Comment on apprenait le français au Moyen Age: ce qu'il nous reste à apprendre.» in ARBA, Acta Romanica Basiliensia 13, 177-197;

KRISTOL, A. 2001, «Le ms. 188 de Magdalen College Oxford: une «pierre de Rosette» de l’enseignement médiéval du français en Angleterre?», Vox Romanica 60, 149-167.

NISSILLE, C. 2000, Prolégomènes à une analyse linguistique: Manuscrit Oxford Magdalen 188, un support d'enseignement du français en Angleterre élaboré par un traducteur face à ses propres limites régionales et diachroniques, Neuchâtel, Faculté des Lettre.

TROTTER, D. A. 2000 (éd.), Multilinguism in later medieval Britain. Aberystwyth.

1 Ce texte est un fragment d'une des nombreuses copies de la Somme le Roi appelée aussi Livre des vices et des vertuscomposée à la demande du roi de France Philippe III le Hardi en 1280 par Frère Laurent, frère dominicain et confesseur du roi. Edith Brayer a consacré sa thèse de 1940 à l’édition d’une version de ce texte.

 

Anne Lequy, Université Duisburg-Essen, « Traduction et didactique du FLE : l’apport de l’analyse de corpus au cours de thème »

Cette communication vise à faire évoluer la pratique de la traduction dans l’apprentissage des langues étrangères à l’université. Les cours de traduction, ceux de thème en particulier, sont connus pour susciter peur et frustration auprès des enseignants comme des apprenants en philologie (Stegu et al. 1994). Il est d’ailleurs à craindre que l’introduction des nouvelles filières LMD (B.A. et M.A. en Allemagne) et la modularisation de l’enseignement universitaire ne fassent guère évoluer le contenu des cours de traduction. Pourtant, l’exercice de la traduction tel qu’il est pratiqué aujourd’hui provoque davantage d'erreurs purement interlangagières – en raison d’interférences avec la langue maternelle – que des activités d’écriture non basées sur la traduction. C’est le résultat d’un prétest que j’ai mené à l’université auprès d’apprenants allemands de français (cours de traduction / atelier d’écriture dite libre). Je me propose tout d’abord d’examiner de façon comparative les fautes et les erreurs commises dans ce cadre universitaire, en les classant dans différentes catégories selon leur source.

Dans un deuxième temps, confrontant mon expérience de lectrice de français en Allemagne avec les analyses de spécialistes en traductologie, je souhaiterais esquisser des propositions de réforme : que faire pour que le cours de traduction favorise effectivement l’apprentissage de la langue étrangère ? Les étudiants doivent travailler non sur des mots isolés mais sur des « unités communicatives d’apprentissage », porteuses de contenu ou concept de sens (Segermann 2001). Le cours de traduction doit leur apprendre à voyager de la forme dans la langue-source à la forme dans la langue-cible en faisant – ce qui peut sembler à première vue comme – un détour par le concept de sens (Lequy 2004). Ce voyage est grandement facilité par l’emploi de l’analyse de corpus : avec l’aide d’un concordancier bilingue, les apprenants peuvent trouver réponse à leurs questions et vérifier leurs intuitions en puisant dans un corpus de textes préalablement alignés, c’est-à-dire des couples formés de textes authentiques et de leur traduction si possible professionnelle.

Pourquoi, alors que les apports de l’analyse de corpus sont manifestes (on peut citer notamment la responsabilisation de l’apprenant et le travail sur matériel authentique), cette ressource pédagogique ne fait-elle qu’une apparition timide en cours de langue étrangère (Siepmann 2004) ? Je conclurai en présentant les atouts et les limites de cette nouvelle approche en didactique du FLE, non sans proposer des pistes pour son application pratique.

Bibliographie (sélection)

Lequy, Anne (2004): Les unités communicatives d'apprentissage, un projet de systématisation langagière. Congrès de l’AECSE, Paris, 31/08 – 04/09/2004 (publication en ligne: www.aecse.net)

Segermann, Krista (2001): Fremdsprachliches Lernen als Verknüpfung von Sinnkonzepten mit lexikogrammatischen Formgebilden. In: Meißner, Franz-Joseph / Reinfried, Marcus (Hrsg.): Bausteine für einen neokommunikativen Französischunterricht. Tübingen: Narr, 93-104

Siepmann, Dirk (2004): High-profile Translation from the Mother Tongue into the Foreign Language: Effective Translation Strategies and Implications for Translation Theory and Translator Training. In: Lebende Sprachen 2, 56-64

Stegu, Martin / de Cillia, Rudolf (1994): Fremdsprachendidaktik und Übersetzungswissenschaft, Beiträge zum VERBAL-Workshop. Frankfurt am Main: Lang (Sprache im Kontext; Bd. 1)

 

Emmanuelle Labeau, Aston University : « Tout à coup, l’imparfait filait (à l’anglaise) mais Maigret le rattrapait…ou la traduction comme indice de la signification »

L’étude contrastive des systèmes aspectuo-temporels du français et de l’anglais révèle des différences fondamentales dans le domaine du passé (Andrews 1992). Alors que le français encode morphologiquement l’opposition aspectuelle imperfectivité (imparfait) – perfectivité (passé simple et, dans une certaine mesure le passé composé), l’anglais a recours à des particules (ex. eat vs eat up), à des périphrases (would et used to pour l’habitude) et à la forme progressive. Il n’y a donc pas d’équivalence forme à forme : le simple past anglais peut correspondre à un passé simple, un passé composé ou un imparfait; l’imparfait français peut être traduit par un ‘simple past’, un ‘past progressive’ ou des périphrases. On s’est récemment penché (voir Bres 1999a, Labeau, 2005) sur un emploi de l’imparfait difficile à traduire en anglais sans perte de nuance (Chuquet 2000): l’imparfait de rupture, rapporté principalement dans la presse et la littérature, notamment le genre policier[i].

Cette étude va se concentrer un corpus bilingue comprenant des œuvres de Georges Simenon : deux « Maigret » (L’affaire Saint-Fiacre / Maigret goes home et Le chien jaune /Maigret and the yellow dog) ainsi que deux autres romans (Le train / The Train et la Chambre bleue / The blue room). On se posera les questions suivantes :

(1) Comment l’imparfait de rupture est-il traduit en anglais : par un simple past (Chuquet 2000), par une forme progressive, et même des périphrases marquant l’habitualité (supportant ainsi Bres, 1999b) ou par des moyens lexicaux et pragmatiques ?

(2) L’imparfait de rupture est-il affaire de genre (le roman policier) ou de personne (le style de Simenon) ? Pour répondre à cette question, on comparera l’emploi de la forme dans les Maigret et les autres romans pour voir si elle est plus fréquente dans les romans policiers. On vérifiera en outre si la forme est perçue comme propre à ce genre en évaluant sa présence dans la traduction française de Murder on the Orient Express.

Grâce à cette étude contrastive, on tentera d’évaluer la « valeur sémantique ajoutée » par l’emploi de l’imparfait de rupture par rapport à ses concurrents.

Références

Andrews, B. (1992) ‘Aspect in past tenses in English and French’, IRAL 30/4: 281-297.

Bres, J. (1999a) ‘L’imparfait dit narratif tel qu’en lui-même (le cotexte ne le change pas)’ Cahiers de praxématique 32 :87-117.

Bres, J. (1999b). L’imparfait dit narratif en cotexte itératif… ou comment faire la sieste narrativement plusieurs fois sans perdre de l’incidence, Scolia 12: 89-110.

Caudal, P & Vetters, C. (2005) ‘Que l’imparfait n’est pas (encore) un prétérit, in Labeau, E. & Larrivée, P. Nouveaux développements de l’imparfait. Amsterdam / New York : Rodopi.

Chuquet, H. (2000) ‘L’imparfait français est-il traduisible en anglais ? Le cas de l’imparfait dit « de rupture »’, in Guillemin-Flesher, J. (dir.) Linguistique contrastive et tradtuction, T.5. Paris : Ophrys. Pp.65-85.

Gosselin, L. (1999) ‘Le sinistre Fantômas et l’imparfait narratif, in Bres, J. (éd.) L’imparfait dit narratif. Langue, discours, Cahiers de Praxématique 32  19-42.

Labeau, E.  (2005) ‘Mon nom est narratif : imparfait narratif’, in Labeau, E. & Larrivée, P. Nouveaux développements de l’imparfait. Amsterdam / New York : Rodopi.

Le Goffic (1995) ‘La double incomplétude de l’imparfait’, Modèles linguistiques XVI, 1 : 133-148.

Muller, C. (1966) ‘Pour une étude diachronique de l’imparfait narratif’, Mélanges de grammaire francaise offerts à M. Grevisse. Gembloux, Duculot, p.252-269.

Saussure, L. & Sthioul, B. (1999) ‘L’imparfait narratif : point de vue (et images du monde), in L’imparfait dit narratif. Langue, discours , Cahiers de praxématique 32 :167-188.

Tasmowski-De Ryck, L. (1985) ‘L’imparfait avec et sans rupture’, Langue française 67 :59-77.

[1] Ainsi, Gosselin (1999) l’étudie dans Fantômas, Le Goffic (1995) et Caudal & Vetters (sous presse) donnent des exemples de Maigret, Tasmowski- De Ryck (1985) fournit des exemples de San Antonio et de Steeman.

 

Jean-Pierre Gabilan, Université de Savoie – L.L.S. : « Du français à l'anglais : peut-on traduire l'imparfait?

       De tous les problèmes posés par la traduction du français vers l'anglais, l'imparfait est incontestablement un écueil majeur. Les jurys des concours de recrutement ne s'y trompent pas d'ailleurs et quelques imparfaits placés ici ou là ont rapidement raison des candidats les moins rompus à l'exercice de traduction. Récemment tel thème d'agrégation ne comportait par exemple pas moins de quarante-six occurrences d'imparfait.

Le spectre d'emplois de l'imparfait est tel qu'il ne couvre pas moins de huit correspondances différentes en anglais. Ces correspondances ne sont hélas pas univoques : le Prétérit anglais, un des candidat possibles à la traduction de l'imparfait,  entretient de son côté d'autres relations avec différents opérateurs en français. Il en résulte une certaine confusion que certaines analyses semblent entretenir à l'envi.  Tout recours aux couples habituellement invoqués – accompli/inaccompli, perfectif/imperfectif, vue globale/vue sécante -  ne permet pas de venir à bout du problème. Le candidat à la traduction vers l'anglais est la plupart du temps démuni face aux  analyses encore essentiellement  fondées sur l'extralinguistique que lui offrent les grammaires françaises les plus récentes.

Notre travail consistera dans un premier temps à présenter succinctement les correspondances possibles entre l'imparfait français et les opérateurs anglais qui permettent de le traduire. Puis nous retiendrons un des problèmes majeurs que pose la traduction de l'imparfait,  à savoir le choix à effectuer entre Prétérit "simple" et Prétérit "be+ing" (le "progressif " de la tradition). Cette question centrale sera développée à l'aide des outils forgés dans le cadre de la théorie méta-opérationnelle depuis le début des années 1970  à partir des travaux d'Henri Adamczewski.  Ceci permettra non seulement de rappeler les avancées dans le domaine anglais, mais aussi de reconsidérer le fonctionnement de l'imparfait à la lumière de travaux qui ont permis, entre autres, de venir à bout de l'épineuse question de be+ing.

 

Jean Louis Vaxelaire, Centre Interlangue d’Etudes en Lexicologie, Paris 7 : « La traduction des noms propres : une pratique en constante évolution »

Phénomène longtemps considéré comme marginal, la traduction des noms propres a connu ces dernières années un net regain d’intérêt, illustré en particulier par la publication des ouvrages de Ballard (français-anglais), Grass (français-allemand) et Podeur (français-italien). Le terme de traduction comprend toutefois diverses opérations puisque les noms propres sont parfois traduits de manière stricte et sont, dans d’autres circonstances, naturalisés ou adaptés.

La dimension synchronique est naturellement incontournable dans les critères qui mèneront ou non à une traduction : le type de nom propre est primordial (on traduit plus les noms de partis politiques que les anthroponymes), le genre du texte où il apparaît (dans les textes pour enfants plutôt que dans les dépêches de presse), selon la langue source de ce texte (on traduira plus souvent un nom propre chinois qu’un nom propre anglais), etc.

Cependant, d’autres critères dépendent de la dimension diachronique : les habitudes ont changé avec les siècles () et elles continuent de changer : nous avons parlé des différences de traitement selon les genres, il serait plus juste d’ajouter que si les noms propres des contes sont toujours l’objet de traductions, ceux des romans subissent moins de modifications qu’il y a trois ou quatre siècles. Le phénomène est identique avec les titres d’œuvres puisqu’on note, par rapport aux années 1950 ou 1960, un nombre croissant de titres de romans, de films ou de tableaux conservés dans leur langue d’origine (qui est souvent l’anglais). Les noms propres constituent probablement la partie du lexique la plus sensible aux variations historiques.

Nous tenterons donc de prouver avec des exemples tirés de romans et de journaux que la traduction des noms propres est plus complexe que ne le laissent penser les apparences — pour preuve les nombreuses erreurs recensées — et que c’est uniquement en étant envisagée simultanément de manière synchronique et diachronique qu’elle sera efficace : Kant est et restera le Chinois de Kalininberg et non le Chinois de Kaliningrad.

 

Pascaline Merten, Haute école de Bruxelles – ISTI : « L’ordre des caractérisants multiples : description linguistique et formalisation informatique »

Notre étude a un double objectif : décrire un phénomène linguistique et le formaliser sur le plan informatique. Nous nous sommes penchée sur la problématique de la séquence des caractérisants multiples dans une perspective de traduction – humaine ou automatique – vers le français, dans le but de jeter les bases linguistiques et formelles d’une description contrastive ou d’une automatisation. Nous avons donc étudié les critères qui déterminent cette séquence en français et dans d’autres langues, dans quelques domaines restreints. Nous avons harmonisé et normalisé ces corpus, comme nous avons formalisé et implémenté les règles de traduction et de génération correspondantes.

La notion de caractérisant est une notion fonctionnelle qui recouvre différentes catégories morpho-syntaxiques, telles l’adjectif (une charmante enfant), le nom (un fauteuil crapaud), le nom propre (le pont Mirabeau), le participe (le fichier enregistré), le complément du nom (une boîte de dialogue, la fenêtre de la pièce), la proposition relative (l’homme qui rit), voire l’adverbe (un ci-devant marquis, l’encore ministre). Bien des auteurs se sont intéressés à la position absolue de l’adjectif (son antéposition ou sa postposition au nom) ; beaucoup moins se sont intéressés à la position relative des caractérisants (leur séquence). Et ces auteurs se sont le plus souvent limités à l’ordre des seuls adjectifs et à quelques catégories sémantiques trop restreintes pour couvrir l’entière réalité de la langue. La différence entre langues centrifuges et centripètes a été réduite à une mise en miroir. Sans contredire totalement le fruit de ces recherches, nous voudrions montrer que les choses sont plus subtiles, puisque l’ordre des caractérisants ne peut s’expliquer sur la base d’un seul critère, morphologique, syntaxique, fonctionnel ou sémantique. Il les fait intervenir tous, et il n’est pas rare d’observer des conflits entre ces différents critères. Si le sens et la syntaxe déterminent l’ordre des mots, l’ordre des mots détermine à son tour le sens !

L’approche contrastive témoigne également des différences syntaxiques des langues autant que des subtilités sémantiques et cognitives de la traduction. Même si des régularités s’observent à travers les langues et au-delà des différences de position absolue des caractérisants, il y a néanmoins plus qu’un effet de parallélisme (un formato binario eseguibile / un format binaire exécutable) ou de miroir (an executable binary format